
La New Wave est un mouvement musical apparu à la fin des années 70 au Royaume-Uni et qui s’est éteint à la fin des années 80. Il est assez délicat de comprendre quels groupes et chanteurs font partie de la New Wave tant le genre est large et possède des branches totalement différentes. La compilation Who’s New Wave in Music publiée en 1985 classe des artistes dans plus de 130 catégories différentes. Autant dire que c’est un parfait foutoir.
Faisons un petit point histoire. A la fin des années 70 émerge un mouvement post-punk. Il conserve un héritage punk tout en étant moins violent mais plus complexe musicalement. Les groupes de cette mouvance possèdent des influences très variées : le punk donc, mais également des artistes de divers horizons comme David Bowie, Kraftwerk ou le Velvet Underground. Très vite les groupes post-punk comme Joy Division ou The Cure sont caractérisés par la presse de New Wave. Au même titre d’ailleurs que des formations de power pop comme Blondie ou des groupes de punk classique tels que les Clash. Au même moment, beaucoup de groupes fleurissent et basent leur musique sur plus d’expérimentation, notamment en utilisant des boîtes à rythme et des synthétiseurs, qui deviennent fondamentaux. Cette catégorie, intitulée synthpop, est également rattachée à la New Wave. Elle se compose de groupes comme Depeche Mode, Orchestral Manoeuvres in the Dark ou encore Bronski Beat. Ils sont étroitement liés au disco, à tel point qu’il est parfois impossible de dissocier les deux styles.
La New Wave ne correspond finalement pas tant à un style précis mais plutôt à une époque bien définie. Voici donc 10 chansons représentant parfaitement l’esprit New Wave. Ce ne sont pas forcément les plus populaires, vous connaissez sûrement déjà Blue Monday ou Just Can’t Get Enough, donc inutile de vous les présenter. Bonnes découvertes !
1. Modern English – I Melt With You (1982)
Très influencés par Joy Division, les membres de Modern English se la jouent au départ rock & roll. Cela ne dure pas, ils basculent très rapidement vers la pop, se rapprochant musicalement de Simple Minds ou Duran Duran. Leur plus grand succès est I Melt With You, décrit par le magazine Sounds comme une « fête de l’amour et de la luxure, rêveuse et sensuelle ».
Modern English évoque dans ce titre leur ressenti sur la situation économique du Royaume-Uni, catastrophique à l’époque. Les paroles de la chanson décrivent une situation apocalyptique, avec un couple réuni une dernière fois avant qu’une bombe atomique ne lui tombe sur la tête.
Bien que le groupe n’ait jamais réellement décollé, beaucoup s’en sont inspirés. L’intro de Bad Decisions, un des morceaux du dernier album des Strokes, ressemble d’ailleurs étrangement à celle de I Melt With You. Coïncidence ou hommage ?
2. The Cure – A Forest (1980)
Sans aucun doute un des groupes les plus emblématiques de la New Wave. Formé en 1976 et emmené par le génial Robert Smith, les Cure sont réputés pour leur sonorité tantôt mélancolique et psychédélique, tantôt sombre.
A Forest est le premier succès du groupe, aujourd’hui culte. Le morceau est représentatif de la période rock gothique qui a animé The Cure de la fin des années 70 jusqu’au début des années 80. La dimension « atmosphérique » du morceau, pour reprendre les termes de R. Smith, le place comme chef de file incontesté de la Cold Wave, la branche sombre et dark de la New Wave.
3. The Cars – Tonight She Comes (1985)
The Cars est probablement un des groupes les plus sous-cotés de l’histoire de la musique. Fusion entre rock des années 70, orienté guitare, et synth pop des années 80, les Cars ont inspiré bon nombre de groupes dans les années 80, qui ont repris ce côté hybride.
Tonight She Comes, écrite par Ric Ocasek, chanteur et guitariste du groupe, a d’abord été envisagée comme une chanson solo. Elle a finalement été sortie par The Cars mais en single, sans faire partie d’un album. Compte tenu du succès du titre, il a ensuite été intégré à l’album Greatest Hits de 2002.
Musicalement, Tonight She Comes est un joyau. Alors qu’avec A Forest des Cure on était dans un imaginaire noir et effrayant, The Cars nous font vibrer avec une pop jouissive qui sent bon le soleil. Dès les premières notes, on n’a qu’une envie, c’est de prendre sa voiture, brancher la musique et rouler sans jamais s’arrêter.
4. New Order – Bizarre Love Triangle (1987)
L’histoire de New Order mériterait un article à part entière. Formé en 1980, le groupe se compose des membres restants de Joy Division suite au suicide de son leader Ian Curtis. Ils décident, après ce drame, de créer une nouvelle formation avec un nouveau nom, une nouvelle identité et surtout un nouveau son.
Quand on évoque la New Wave, on pense immédiatement à New Order. Blue Monday, plus grand succès du groupe, est véritablement l’hymne de ce mouvement. Mais New Order ne peut pas être réduit à ce seul morceau. Bizarre Love Triangle, plus délicat à appréhender, doit également être apprécié à sa juste valeur. Faisant partie de l’album Brotherhood, le morceau est selon wikipédia « une synthèse parfaite du son New Order ». On ne peut pas mieux l’exprimer. Le titre est porté par une production électronique et par la basse de Peter Hook. Car oui, la New Wave, c’est aussi l’avènement de la basse, plus du tout considérée comme un instrument d’accompagnement, mais plutôt comme un élément essentiel à la mélodie.
Bizarre Love Triangle, très apprécié des fans, n’a jamais connu de succès commercial. Le titre est en revanche classé à la 204ème position des 500 plus grandes chansons de tous les temps de Rolling Stone magazine. Après une écoute attentive, ce choix n’a rien d’étonnant.
5. Tears For Fears – Shout (1984)
Tout simplement un monument. Ce morceau culte de Tears For Fears, sorti à la fin de l’année 1984 est devenu le hit de l’année 85. Il s’est même classé premier au prestigieux Billboard Hot 100 américain pendant plusieurs semaines de suite.
Shout est une claque auditive. Bâtie sur une structure simple, avec un refrain qui se répète inlassablement et une boite à rythme efficace, le morceau devient de plus en plus complexe au fur et à mesure où il avance. Le « Shout. Shout. Let it all out » rugi par Roland Orzabal résonne davantage, bien aidé par l’arrivée d’un clavier et d’autres voix qui s’additionnent à celle de Roland. Cela donne un côté mystique qui ne laisse pas indifférent.
6. Duran Duran – Hungry Like the Wolf (1982)
Impossible de parler de New Wave sans mentionner Duran Duran, véritable fer de lance du mouvement. Avec environ 100 millions d’albums vendus, le groupe a marqué toute une génération. Son nom est une référence au savant fou du film Barbarella de Roger Vadim, le Dr Durand Durand.
Hungry like the Wolf est un des plus gros succès du groupe. Rien qu’au premier accord on comprend que le titre est une gifle et va sans trop de difficulté nous faire danser. L’arrivée du refrain se fait toujours attendre, dans une sorte de montée en puissance insoutenable, pour finalement exploser comme une délivrance avec le « I’m touch with the ground » chanté par Simon Le Bon. Un délice.
7. Men Without Hats – The Safety Dance (1982)
Formé en 1977 à Montréal, Men Without Hats est la preuve vivante que la New Wave s’est exportée rapidement dans le monde entier après ses débuts au Royaume-Uni. Avec The Safety Dance, leur réussite commerciale est assez impressionnante. Le titre est classé numéro 1 un peu partout dans le monde quelques mois après sa sortie.
La signification des paroles est suffisamment intéressante pour être soulignée. Alors que le disco est encore très présent dans les clubs au début des années 80, les soirées New Wave commencent à se populariser. Cependant, les danses réputées « violentes » comme le pogo y sont rarement autorisées, les vigiles intervenant à chaque fois pour rétablir l’ordre. Il faut rappeler que la New Wave est un mouvement descendant du punk, donc le pogo fait partie de sa culture. Les boîtes de nuit diffusent alors encore beaucoup de disco, où chacun danse de son côté. La transition avec une foule qui bouge ensemble dans tous les sens est assez cahotique. The Safety Dance exprime une volonté de danser librement et relativise la dangerosité du pogo. Un beau message. Finalement c’est peut-être grâce à eux qu’on peut désormais pogoter en toute sécurité en concert. Remercions les pour cela.
8. The Go-Go’s – Our Lips Are Sealed (1981)
Encore une preuve de la diversité de la New Wave. Avec The Go-Go’s on est loin de la noirceur de la Cold Wave. Our Lips Are Sealed est au contraire un morceau pop haut en couleur. Il a été co-écrit par Terry Hall des Specials pour lesquels The Go-Go’s faisaient la première partie lors d’une tournée américaine en 1980. Jane Wiedlin, leader des Go-Go’s et Terry Hall ont à cette occasion eu une brève liaison, ce qui a donné naissance à ce titre. Il ouvre leur tout premier album studio, Beauty and the Beat.
La chanson a ensuite été enregistrée par Fun Boy Three en 1982, autre groupe de Terry Hall. Cette version est bien moins rythmée que l’originale. En même temps, avec une telle ligne de basse et la voix dynamique de J. Wiedlin, difficile de faire plus entraînant que les Go-Go’s.
9. The Human League – Don’t You Want Me (1981)
Tout comme Shout ou Hungry Like the Wolf, Don’t You Want Me est indissociable de la New Wave. Il est tout bonnement impossible de faire une soirée 80’s sans entendre cingler le puissant « Don’t you want me baby » du refrain.
On parlait plus tôt des différentes formes prises par la New Wave, voilà la synthpop qui surgit en force. 23ème single le plus vendu de l’histoire au Royaume-Uni, la chanson a été numéro 1 un peu partout dans le monde lors de l’année 82. Malgré son statut de succès incontestable, elle a seulement atteint la 13ème place des charts en France. Nous préférions à l’époque Etre une femme de Michel Sardou et La Danse des Canards…
The Human League s’inspire pour cette chanson du film A Star Is Born (la version de 1976 hein, pas celle avec Lady Gaga). Les paroles abordent effectivement le thème d’un amour tumultueux entre un artiste accompli et une jeune chanteuse qu’il a placée sur le devant de la scène mais qui maintenant s’éloigne progressivement de lui.
10. Yazoo – Nobody’s Diary (1983)
Appelé également Yaz aux Etats-Unis, Yazoo est un groupe formé en 1982 par Vince Clarke, un des membres fondateurs de Depeche Mode, qui a entre temps quitté le navire.
Nobody’s Diary a été écrite par la chanteuse du groupe, Alison Moyet, et non pas par Vince Clarke, l’habituel compositeur du groupe. Cela explique peut-être la douceur du titre, comparé à leurs autres succès beaucoup plus enlevés. Le synthé et les boites à rythme sont néanmoins toujours présents, pour notre plus grand plaisir.
Yazoo a marqué l’histoire de la musique en très peu de temps, puisqu’ils n’ont existé que pendant 18 mois. En effet, entre la sortie du single et celle de l’album en question, leur deuxième, le groupe s’est séparé. Cela n’empêche pas Nobody’s Diary de rencontrer un petit succès aux Etats-Unis. C’est cependant loin d’être le titre le plus connu du groupe. Alors, si vous êtes curieux, n’hésitez pas à aller découvrir leur premier album, Upstairs at Eric’s, qui contient de sacrées pépites.
