Alors que nous sommes tous confinés chez nous, en télétravail, en vacances ou au chômage technique, les sorties culturelles nous paraissent bien loin. Pourtant, dans un élan de nostalgie, je vais parler dans cet article de la semaine musicale qui a été la mienne dernièrement. En effet, en l’espace de quelques jours, plusieurs de mes groupes préférés se produisaient dans différentes salles parisiennes. Je vais donc vous raconter cette expérience qui est d’assister à plusieurs concerts à la suite. J’espère que vous découvrirez certains des groupes dont je vais parler, et si vous les connaissez déjà, que vous apprécierez découvrir des détails sur leurs performances live.
Dimanche 16 février – The Growlers au Trianon

Le choix était coriace en ce 16 février. Cela pouvait paraitre un dimanche comme les autres pour beaucoup mais pour les amoureux de la musique il offrait un dilemme cornélien. Le même soir, jouaient à seulement quelques mètres de distance deux groupes, certes différents musicalement parlant, mais extrêmement talentueux et importants dans leur domaine respectif. Et oui, Orchestral Manœuvres in the Dark (OMD pour les intimes) était à la Cigale ce soir-là également.
Mon choix s’est tourné vers The Growlers. Peut-être en premier lieu pour des raisons financières, 28 euros contre 39, mais également car ce groupe californien m’obsède depuis quelques temps. Absolument fan de leurs trois derniers albums, très rares sont les jours où je ne les écoute pas. Il était donc logique que j’aille les voir en concert. D’autant plus que le Trianon et son décor classique est toujours une destination agréable.
La première surprise que j’ai eu est le nombre très élevé d’américains présents à ce concert. Je me suis rendu compte que The Growlers, assez méconnus en France, semblaient bien populaires aux Etats-Unis. Beaucoup d’Erasmus en ont donc profité pour aller les voir.
Entrons dans le vif du sujet, à savoir la performance live. Après une première partie plutôt insignifiante, les Growlers, emmenés par Brooks Nielsen entrent en scène. Le leader du groupe est muni d’un béret et a la cigarette au bec. On apprécie l’effort pour se faire accepter du public parisien. Avec sa voix aérienne impeccable, encore plus puissante et aussi juste qu’en studio, il n’avait pas besoin de ça. Enchainant les titres les uns après les autres (ainsi que les cigarettes) pendant plus de 2h15, Nielsen et les Growlers ont réussi à enflammer le Trianon, très remuant malgré la douceur des chansons proposées. A noter leur très belle performance sur leur morceau le plus rythmé, Dope on a Rope, qui a provoqué un pogo des plus bienveillants.
Après un final incroyable sur leur célèbre Going Gets Tough, il était agréable de regarder les spectateurs sortir le sourire aux lèvres, heureux d’avoir passé un excellent moment musical. Le début d’une bien belle série de concert pour ma part.
Lundi 17 février – DeWolff au Petit Bain

DeWolff est un groupe de rock néerlandais composé uniquement de trois membres (dont deux frères) : un chanteur guitariste, un pianiste bassiste et un batteur. Ils ont la particularité d’avoir composé leur dernier album pendant une tournée et de l’avoir enregistré sur des cassettes audio à ce moment-là. Le son en sort parfaitement authentique et aux sonorités vieillies.
L’idée de découvrir une nouvelle salle de concert, le Petit Bain, et de voir sur scène ce groupe atypique m’a poussé à acheter mon billet, à un prix très abordable d’ailleurs, 17 euros en plein tarif. Si j’avais été un peu plus vif j’aurais même pu bénéficier du tarif étudiant à 6 euros.
Le concert débute par une première partie de grand niveau, proposée par Dawn Brothers. Avec des sonorités rock très appréciables et entrainantes on ne pouvait pas espérer mieux pour nous mettre dans l’ambiance avant le show qui nous attendait.
A la fin de leur set, les Dawn Brothers nous ont eux-mêmes prévenus : écouter DeWolff en live est un vrai « trip ». Nous avons donc pu le vérifier par nous-mêmes. Avec des solos de guitare improvisés à n’en plus finir, DeWolff oublie complètement ses versions studios pour offrir au public des morceaux complètement revisités. Ils n’ont même pas joué leur chanson la plus connue, It Ain’t Easy, tant une de leurs impros leur a pris du temps. Bien que le show ait été incroyable, le public assez âgé du Petit Bain ne s’est pas lâché complètement. Il ne faut pas oublier qu’on reste tout de même un lundi soir. Cela n’a bien heureusement pas empêché le chanteur de finir debout sur le piano, sa guitare et lui en transe.
En somme trois belles découvertes ce soir : la péniche du petit Bain à l’acoustique impeccable, les Dawn Brothers qui mériteraient bien plus qu’une première partie, et les talents de showmen de DeWolff.
Mardi 18 février – The Strokes à l’Olympia

Le gros morceau de la semaine. Tout simplement mon groupe préféré encore en activité.
Tout est allé très vite. Après des années passées à espérer pouvoir les voir un jour en live, une annonce tombe au début du mois. J’apprends que d’ici deux semaines les Strokes seront à l’Olympia. Mise en vente des billets le lendemain matin à 11h. Une fois passée l’euphorie, il faut s’atteler à ce shotgun qui s’annonce des plus coriaces. Ce groupe est bien trop connu et attendu pour une salle comme l’Olympia, qui ne peut accueillir que 2000 personnes. Cela n’a pas raté, nous étions des milliers sur ticketmaster au moment de l’ouverture de la billetterie, dévalisée en moins d’une minute. Par miracle j’ai pu avoir ma place.
Arrive donc le jour du concert. En attendant l’ouverture des portes prévue à 18h30, la passion des fans est telle qu’une file de plusieurs centaines de mètres s’est formée devant l’Olympia. Des passants curieux se renseignent pour savoir quelle est la source de ce tintouin. Le nom « The Strokes » n’évoque absolument rien pour eux. Il est vrai que le groupe New-Yorkais n’a pas fait beaucoup parlé de lui récemment, leur dernier album remontant à 2013. Malgré tout, il s’agit probablement du groupe de rock le plus marquant et le plus populaire du XXIème siècle, avec les Arctic Monkeys.
La première partie n’ayant pas été annoncée, quelle ne fut pas ma surprise de voir débarquer sur scène un groupe que je connais bien et que j’apprécie beaucoup, Hinds. C’est un groupe de rock 100% féminin, espagnol et très talentueux. Leur son est un savant mélange entre The Clash (elles ont d’ailleurs fait une reprise de Spanish Bombs) et The Strokes. C’est donc parfaitement de circonstance.
Après cette première partie des plus réussies, s’en suit une période de longue attente. Au total, presque 45 minutes de retard pour les Strokes. Il est facile de s’imaginer Julian Casablancas et toute sa bande en train de boire et de fumer en loge, et de complètement oublier leurs fans agglutinés en fosse. Heureusement le public n’est pas rancunier. Au premier accord de Someday, la foule est prise d’une hystérie comme rarement je n’ai vu. La fosse de l’Olympia devient alors un pogo géant, mettant les quarantenaires grisonnants légèrement en panique.
Ils vont alors enchainer tube sur tube : Heart in a Cage, Modern Age, New York City Cops, Hard to Explain, What Ever Happened? et bien d’autres, pour finir sur un magistral Reptilia. 1h20 de pur bonheur. Un bonheur un peu court certes, mais mémorable. Pourquoi se compliquer la vie quand les bases fonctionnent parfaitement ? Les Strokes n’ont vraiment pas eu à forcer leur talent pour électriser leurs fans, bien trop conscients de la rareté du moment pour rouspéter. La voix toujours aussi incroyable de Julian Casablancas et les riffs de Albert Hammond Jr font le travail et la magie opère.
Petit bémol, ils n’ont joué qu’un seul morceau de leurs deux derniers albums, l’excellent et populaire One Way Trigger. La décennie 2010 est à oublier selon le groupe. Je les trouve un peu dur avec eux-mêmes, Angles et Comedown Machine sont loin d’être des mauvais albums. Toujours est-il qu’ils souhaitent revenir aux bases de leur succès avec un nouvel album prévu pour avril. Deux morceaux de ce sixième opus ont d’ailleurs été joués en avant première à ce concert, The Adults are Talking et Bad Decisions, avec son riff très inspiré de New Order. A les entendre, on se croirait revenu en 2001 à la sortie de Is This It.
Mercredi 19 février – Circa Waves au Badaboum

Après donc trois concerts assez incroyables, le dos en compote et des acouphènes aux oreilles, il est temps de m’atteler au quatrième concert de cette folle semaine. D’ailleurs ce n’est pas vraiment un concert, il s’agit plutôt d’un show de 30 minutes de Circa Waves dans le cadre d’une soirée privée organisée par Deezer, à laquelle j’étais convié. Outre les bières à volonté qui ont surement aidé à l’appréciation de l’événement, le groupe originaire de Liverpool n’y était pas pour rien. Si vous ne connaissez pas Circa Waves je vous invite à les découvrir, leur musique est très plaisante. Elle apporte un vrai vent de fraicheur au rock indé moderne.
Leur prestation au Badaboum a été bien maîtrisée malgré un public assez apathique, qui était plus là pour profiter des boissons et rencontrer des gens du milieu musical que pour assister à un concert. Rien de transcendant donc mais un bon moment de passé. On peut relever leur belle performance sur deux de leurs morceaux phares, T-Shirt Weather et Jacqueline. Ce groupe possède un réel potentiel, je ne serai pas étonné de les voir sur le devant de la scène dans quelques mois.
Vendredi 21 février – Liam Gallagher au Zenith

Après avoir vu les Strokes et Julian Casablancas mardi, je m’attaque à ma seconde idole, Liam Gallagher. L’ancienne gloire du rock et lead singer du célèbre groupe Oasis vit aujourd’hui des soirées peut-être moins agitées mais loin d’être ridicules. Sa capacité à remplir sans grande difficulté le Zenith le prouve. Les fans d’Oasis sont toujours aussi nombreux et n’ont pas encore disparu.
La première partie est assurée par un groupe venant lui aussi de Manchester, Twisted Wheel. C’est un enchainement de morceaux sans grande originalité, copies conformes tantôt des Clash, tantôt de Lynyrd Skynyrd ou des Sex Pistols. Mais peu importe, le public est déjà chaud bouillant et scande des « Liam Liam » d’impatience.
Censé venu défendre son dernier album solo « Why me ? Why not. » c’est bien du Oasis qu’on entendra le plus en ce vendredi au Zenith. Et pour notre plus grand plaisir. Non pas que ses chansons solos soient à oublier – Once pourrait d’ailleurs très bien sortir tout droit de Definitely Maybe – elles n’ont juste pas la même saveur. Il suffit d’observer la foule rugir de plaisir aux premiers accords de Morning Glory.
Liam, malgré une voix moins aérienne qu’avant, arrive tout de même à nous transporter du haut de ses 47 ans. La dernière partie de son concert composée exclusivement de chansons d’Oasis a fait chavirer le Zenith qui ne demandait que ça. Acquiesce, Roll With It, Supersonic, Champagne Supernova. Le cadet des Gallagher est même revenu pour un deuxième rappel. Une partie du public s’est mise à crier « Wonderwall » pour enfin écouter le seul tube populaire d’Oasis que les vrais fans détestent. Cela n’a pas loupé, Liam s’est énervé en disant que ceux qui souhaitaient écouter ce morceau possédaient des goûts douteux. Il a alors laissé le choix, soit Wonderwall soit Cigarettes and Alcohol. Devant le public partagé, dans un moment de bonté et de malice, il a fini par chanter les deux. Tout le monde était comblé.
Ce show était donc un moment unique. Liam Gallagher est tout simplement une des dernières rock star en activité et le voir sur scène reste un privilège. Bien que le son du Zenith soit tout sauf irréprochable, que sa voix soit endommagée par des années d’excès, le moment est inoubliable.
Lundi 24 février – Cage the Elephant à l’Olympia

Le dernier concert de cette série. Et surement pas le moins intéressant. Cage the Elephant, formé autour des frères Shultz, est réputé pour ses concerts électriques. Ce n’est pas pour rien si le guitariste s’est rompu les ligaments croisés sur scène l’année dernière, contraignant le groupe à arrêter sa tournée européenne.
L’Olympia, bien évidemment complet pour l’occasion, accueille en première partie le groupe SWMRS, lui aussi plutôt connu. Le public est d’ailleurs très attentif dès les premiers morceaux et n’hésite pas à sauter et à danser à la demande du chanteur, lui aussi très actif sur scène. Cela promet pour la suite.
Au tour de Cage the Elephant de monter sur scène. Tout de suite l’ambiance est au rendez-vous. Matthew Shultz arrive vêtu comme un dandy des années 70, un gigantesque chapeau ancré sur sa tête. Ses habits ne feront pas long feu. A la fin du premier morceau Broken Boy, le manteau et le chapeau ont déjà disparu. Il a comme à son habitude fini le concert torse nu.
Shultz, l’âme du groupe, est un véritable feu follet. Toujours à gesticuler dans tous les sens, on dirait un mélange entre Iggy Pop, Mick Jagger et Axel Rose. Il aura quand même réussi à grimper tout en haut des enceintes à plus de 4 mètres du sol et à se laisser glisser le long du grand rideau rouge de l’Olympia sous les yeux béats du personnel de sécurité.
Le concert, en plus d’être un show monumental, est un modèle de rock’n roll live. Les guitares crachent, la basse résonne, le batteur abat ses baguettes avec forces, le public est en furie. Puis d’un coup, une chanson toute douce pointe le bout de son nez. On passe de Mess Around à Telescope, de Teeth à Cigarette Daydreams : c’est ça aussi Cage the Elephant.
Durant un rappel tout en émotion, Shultz nous offre un guitare voix des plus touchants et raconte plein de sincérité sa plus belle histoire d’amour. Il repart ensuite de plus belle sur Back Against the Wall. Il finira par se jeter dans la foule sous une pluie de confettis, tout en continuant de chanter puis remontera sur scène comme si de rien n’était. 1h45 de pure folie. Cage the Elephant joue chaque concert comme si c’était le dernier. Et le public adore ça.

Bien contente d’avoir été spectatrice de 3 d’entre eux et pas des moindres ! Merci pour ce retour et le partage de tes impressions sur ces joyeuses soirées musicales qui nous semblent aujourd’hui bien loin…mais qui reviendront vite !!!
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